Marche des Fiertés, notre droit à la différence

Ce weekend s’est déroulée la Marche des Fiertés parisienne qui fêtait ses 40 ans. Critiquée comme pas assez revendicative et trop festive, la parade reste toujours un symbole fort.

Il y a quelques années de ça, vous ne m’auriez pas vu traîner mes baskets autour de la Marche des Fiertés. Je ne comprenais pas – ou plutôt ne voulais pas comprendre – l’importance de cet événement. Pourtant, je m’assumais déjà en tant que gay mais celle qu’on appelle communément Gay Pride ne m’évoquait que musique techno, strass, paillettes et plumes. Ce n’est pas ce que j’aime mais, pis encore, je ne voyais pas l’intérêt d’un tel défilé que certains trouveraient dégradant.

J’ai la chance de vivre entouré de gens qui acceptent les autres pour ce qu’ils sont. J’ai jamais connu la discrimination et, à travers ce prisme, les revendications m’échappaient un peu. Et puis, sont arrivés les débats sur le Mariage pour Tous et les réseaux sociaux. J’ai enfin compris que la cause de tous les LGBT et leur acceptation étaient loin d’être approuvées par tous. J’ai lu des gens se mettre à critiquer les LGBT pour réclamer des droits parce qu’une poignée de personnes ne trouvaient ça pas naturelles.

Cette marche a pour vocation de montrer que les LGBT existent. Et, malgré quelques enjeux politiques par le thème imposé par l’Inter-LGBT, association organisatrice de l’événement, les revendications ont leur place au milieu de la musique techno, des strass, des paillettes, des plumes, des mecs habillés en cuir, des femmes seins nus, des danseurs sénégalais, des papillons géants, etc. Des pancartes au slogan invitant à la réflexion – fait parfois avec humour – habillent la parade rappelant que les personnes trans n’ont toujours pas les mêmes droits que les autres, que le SIDA n’est pas mort – et c’est bien le seul endroit où on en parle aussi librement, qu’il y a des morts partout dans le monde à cause de l’homophobie, que certains pays ont plus d’avancée sociale que la France pour les LGBT, que les homoparents existent, et même que Sense8 n’aura pas de saison 3.

Le tout prend la forme d’une cours des miracles dans laquelle se cotoyent des gens aux profils différents montrant un monde non-binaire qui ne se résume pas aux hétéros et aux autres. Des gens de tous physiques, de toutes religions, de toutes couleurs, de toutes sexualités et de tous genres défilent côte à côte pour ce droit à la différence. Oui, défiler habiller en chien de cuir est une forme de revendication, il s’agit de gens normaux qui aiment faire la fête, pas des pervers décriés par le politiquement correct mais des personnes a la sexualité différente – qui existe aussi chez les hétéro.

On pourrait donc critiquer cette forme, pourtant elle est la plus revendicative qui soit sans vouloir être une protestation hostile parce que le mot d’ordre est « l’amour ». Et cet amour, on le ressent à chaque instant. Lorsque le char de l’association des parents d’homosexuels passe, la foule leur envoie des bisous auxquels ils répondent émus et fiers. Lorsque c’est au tour du char de l’association des Policiers LGBT, les gens applaudissent avec une pensée émue pour Xavier Jugelé mort plus tôt dans l’année. Ces moments sont magiques.

Bien évidemment, l’ambiance est à la fête pour une grande partie du cortège mais c’est la meilleure façon qui soit de prouver qu’on existe.

Crédit photo : N. Cohen pour France 3