Un E3 pas très queer

Le salon du jeu vidéo américain E3 vient de se terminer et le constat est assez clair : la diversité n’est toujours pas la priorité des développeurs.

La semaine dernière s’est déroulé à Los Angeles l’E3, le grand salon de jeux vidéo américain présentant les hits de demain. Call Of Duty: World War II, Super Mario Odissey, God of War, Monster Hunter World, Destiny 2, tous les hits de demain s’y sont côtoyés. Mais assez peu de chose n’a créé vraiment l’enthousiasme.

Tout d’abord, d’un point de vue des annonces. Les deux grands constructeurs n’ont pas su créé de surprise. Microsoft a dévoilé la Xbox One X, la version de sa console pour les écrans 4K. Annoncée l’année dernière, de nombreuses informations ont fuité durant l’année écoulée. Du coup, seul son prix fut une (mauvaise surprise). Côté jeu, à part Forza Motorsport 7, aucune grande licence phare de la marque n’était présente.

Côté Sony, c’était pire : tous les jeux avaient été teasés l’année dernière. Du coup, même si les joueurs sont contents d’avoir des nouvelles de God of War et du nouveau Quantic Dream, Detroit, il n’en reste une sensation de déjà-vue. Seul la vidéo de gameplay de Spider-Man développé par Insomniac Games a eu effet « wahou ».

Mais, en vrai, la plus grosse déception est de voir que la diversité – et notamment celle des LGBT – n’est pas devenue une priorité alors que dans d’autres médias comme le cinéma, la télé et les comics, ont faits des efforts de ce côté. Lors des conférences, des hommes blancs viennent à tour de rôle prendre la parole présenter des jeux devant un par-terre de journalistes qu’on a discerné majoritairement masculin. Je ne dis pas que ce sujet de la représentation ne les intéresse pas ni ne les ravirait pas, mais les principaux intéressés ne sont pas forcément dans la salle. De ce fait, la présentation du nouveau système d’avatars du Xbox Live n’a même été évoquée pendant la conférence Microsoft alors qu’il s’agit de la seule annonce du constructeur qui parle à (et de) tous les types de joueurs.

Seul Ubisoft tire son épingle du jeu avec une mise en avant de la diversité sans pour autant en faire un argument de ventes. Dans Assassin’s Creed: Origins, aucun personnage blanc n’a été aperçu puisque le jeu se déroule en Égypte Antique. Le développeur évite surtout de proposer un personnage jouable blanc ce qui serait disconvenu. Le trailer de Mario + The Lapins Crétins Kingdom Battle montre que la Princesse Peach n’a besoin de personne pour se défendre. Dans le jeu de combat de pirates en PvP Skulls and Bones, le trailer montre que les joueurs devraient pouvoir personnaliser un maximum leur avatar. Dans Far Cry 5, les joueurs devront combattre des suprématistes blancs. Ce qui n’a pas plu à Alt-Right qui a créé une pétition pour que Ubisoft change le contexte du jeu. Enfin, la cinématique de Beyond Good and Evil 2 montre un univers riche avec des personnages venus de tous horizons. Mais, là, encore aucun personnage queer d’annoncé.

Finalement, seul Life Is Strange: Before The Storm, présenté hors-conférence, met en avant la « queerness » de ses personnages. Du côté de Devolver Digital, éditeur de jeux indépendants, The Swords of Ditto a un éditeur de création de personnages qui a l’air très riche et qui permet d’afficher la diversité sans limitation de genre.

Mais restons optimistes, il y a toujours de l’espoir de voir plus de représentation LGBT dans certains jeux qui ont été dévoilés dans cette 23e édition du salon. Je pense notamment à Battlefront II dont l’univers du solo promet d’être riche et de présenter de nouveaux personnages ; le nouveau jeu de Bioware, Anthem devrait avoir les mêmes qualités en plus d’être développé par les créateurs de Mass Effet et Dragon Age ; et le premier spin-off de la licence Uncharted, Uncharted: Lost Legacy, mettant en scène Chloe et Nadine. Il serait même étonnant que Naughty Dog ne s’intéresse pas à afficher un personnage ouvertement LGBT dans un futur jeu.

Certes, il est important que le jeu ait un bon gameplay et qu’il promette des heures de plaisir manette en mains mais, voir qu’en 2017, ces jeux qui promettent des univers riches et des histoires qui se veulent matures n’arrivent toujours pas à afficher fièrement des personnages LGBT ou queer est une déception. Nous ne demandons pas à remplacer des héros établis mais à laisser un peu de place que pour tous les joueurs puissent s’identifier un jour à un héros de jeu vidéo. Ce n’est finalement pas grand chose.