Coupe du Monde 2018 : cachez ces gays que je ne saurais voir

Hier démarrait la Coupe du Monde, cet événement sportif qui invite à la fête et à la fraternité. Pourtant, il est difficile d’oublier ce que son pays organisateur, la Russie, fait subir aux personnes LGBT+…

Je ne suis pas fan de foot et, je pense qu’il est bien plus simple pour moi d’avoir un regard critique sur cette vague déferlante sur le paysage médiatique mais aussi dans les publicités et sur les réseaux sociaux. Il est aussi tout aussi facile pour moi de ne pas regarder les matchs qui vont se jouer en Russie dans le mois qui vient mais, il va être difficile d’esquiver cet événement. Ainsi, je pense qu’il est encore plus important d’expliquer pourquoi il va être difficile pour nous, LGBT+, de nous sentir convié·e·s à cette fête.

Alors qu’on nous demande d’être « fiers d’être Bleus », je ne peux m’empêcher d’avoir du mal de soutenir cette Coupe du Monde parce qu’elle se déroule en Russie, pays ouvertement homophobe notamment parce que le Gouvernement en place a décidé de rendre illégal toute « propagande homosexuelle » auprès des mineurs. Dans ce pays, des homosexuels supposés sont torturés devant les caméras d’internautes sans que ceux-ci ne soient inculper pour le moindre crime.

Même si, comme nous rappelle Minky Worden, la directrice des Initiatives mondiales de Human Rights Watch dans sa tribune dans les colonnes du New-York Times, la FIFA « a convenu d’exiger des normes minimales en matière de droits humains de la part des pays candidats à l’organisation de la Coupe du Monde de football, notamment la tolérance zéro en ce qui concerne la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle », il n’est pas certain qu’elle applique cette politique face à un pays tel que la Russie.

Dans les faits, les LGBT+ – en tout cas celles et ceux qui l’afficher ouvertement – ne sont pas les bienvenus. En effet, les supporters britanniques de Pride in Football ont reçu des menaces de mort de la part de hooligans russes les invitant à ne pas venir dans le pays. D’ailleurs, si vous souhaitez y aller, je vous invite à couper la géolocalisation de vos applications de drague comme Grindr, Growlr ou Hornet.

Enfin, la Russie est aussi un soutien de la Tchétchénie, région du Monde dans lequel existe des camps de concentration destinés aux homosexuel·le·s supposé·e·s.

Oui, au regard de tout cela, il est difficile de vouloir faire la fête autour d’un événement qui se déroule dans ce pays. Mais, j’ai aussi du mal à être fier d’être Bleu, lorsqu’il s’agit de soutenir l’équipe d’un sport considéré comme celui où il y a le plus de discrimination sexuelle. Dans une étude publiée en 2013 par Paris Foot Gay, on nous annonce que l’homophobie est la première discrimination dans le football professionnel. Ainsi, à l’époque, 41% des joueurs professionnels et 50% des jeunes en formation ont exprimé des opinions hostiles à l’homosexualité. Pour exemple, on se rappelle encore des propos homophobes du joueur Serge Aurier en 2016 à propos de son entraîneur de l’époque.

Ces propos homophobes sont enracinés dans la « culture foot » rejetant de prime abord tous les gays. Ainsi, dans l’étude Ipsos, nous apprenons que 1 spectateur sur 4 avoue utiliser des termes homophobes comme « pédé », « tarlouze » et autres « enculé ». Certes ces termes sont malheureusement banalisés (3 français sur 5 pensent qu’ils ne sont pas blessants *sic*) mais ils emmènent bel et bien à penser qu’un gay n’a pas sa place sur le terrain que ça soit en joueur ou en arbitre. Forcément, ce phénomène n’est pas à imputer spécifiquement au sport et aux organisateurs mais, il faut avouer que rien n’est fait pour améliorer la situation. Sincèrement, je pense qu’organiser un événement comme la Coupe du Monde dans un pays ouvertement homophobe est un signe très fort que les organisateurs ne veulent rien changer.

Bien évidemment, les LGBT+ sont invités à soutenir leur(s) équipe(s) fétiche(s) mais sous la condition implicite qu’ils ne se montrent pas trop. Pour un sport qui prétend rassembler tout le monde, c’est un comble.